Deuil périnatal, Mon ange

Ne leur dites pas

Que ce n’est pas grave, qu’ils en auront d’autres. Ils n’en veulent pas d’autres à cet instant, ils le veulent, lui.

Ne leur dites pas que la nature est bien faite, elle est impitoyable et injuste pour eux à ce moment là.

Ne leur dites pas que ça aurait été plus dur s’il avait vécu quelques mois. Il a bougé dans le ventre de sa Maman, ses parents ont vu son coeur battre à l’échographie, il représentait le futur.

Ne leur dites pas qu’ils finiront par oublier, ils veulent seulement que la douleur viscérale qui les habite s’envole et ne surtout pas oublier une seule seconde de ce qu’ils ont partagé avec leur enfant. Et l’oubli est certainement la chose qui les terrifie le plus, ils ne veulent pas oublier leur enfant et ne veulent pas non plus que vous l’oubliez.

Ne leur dites pas que vous avez failli perdre votre enfant à la naissance. Si vous ne l’avez pas perdu, vous ne savez pas.

Ne leur dites pas qu’à leur place vous n’auriez pas tenu le choc, ils doivent vivre chaque jour avec cette absence, ils n’ont pas le choix. Et ils se sentent déjà assez coupables comme ça de vivre encore.

ange1 - 1Personne n’est jamais préparé à être confronté un jour à des parents qui ont perdu leur bébé, que ce soit au cours de la grossesse ou dans les premiers mois de vie. On sous-estime la portée de certaines paroles, la peine qu’elles peuvent ajouter à l’immense douleur ressentie.

Si vous vous sentez le courage d’en parler avec ces parents, demandez-leur avant s’ils souhaitent en discuter. Si c’est le cas, parlez leur de ce bébé qu’ils ont perdu. Demandez son prénom et prononcez le. Si les mots vous manquent, dites leur que vous êtes désolé. Ce n’est pas grand chose mais c’est suffisant. Et prenez les dans vos bras, un câlin vaut mieux qu’un long discours. Vous n’imaginez pas à quel point le contact et la chaleur de l’autre peuvent être réconfortants, parfois, pour certains.

Il y a neuf ans aujourd’hui que notre petit Ilian nous a quittés. Je n’ai rien oublié. Les paroles qui m’ont fait mal et celles qui m’ont fait du bien. Mais je garde avant tout en mémoire les mots qui adoucissent la peine et les petites attentions remplie d’empathie.

Je n’ai jamais eu l’occasion de dire merci à tous ceux qui nous ont, par leur présence et leurs mots, aidés dans notre travail de deuil.

Alors merci, du fond du coeur.

31 thoughts on “Ne leur dites pas

  1. Forcément ton billet me parle puisque comme tu le sais déjà j’ai perdu moi aussi un ange, mon ange…
    Je sais que cette douleur est ancrée au plus profond de nos entrailles et fait toujours aussi mal dès qu’un événement aussi anodin soit’il nous replonge dans ce drame.
    Je ne peux que t’envoyer toute mon amitié en cette journée particulière.
    Gros bisous ma belle virginie

    1. Nous partageons cette douleur en effet, elle nous rapproche et fait que nous avons maintenant un lien fort et important. Merci pour tes doux mots, ils me touchent comme à chaque fois <3

  2. Je saurai me souvenir de cet émouvant billet si je dois un jour réconforter des parents touchés par cette épreuve… Une pensée à vous cinq ici et à lui, ailleurs… <3

  3. Bonjour.

    Je n’ai pas besoin de lire plus de 5 lignes pour reconnaître les écrits d’un parent qui a vécu ce que personne ne devrait vivre.

    Je suis sincèrement désolé que vous ayez eu à traverser cette épreuve. Je suis persuadé qu’Ilian était un être extraordinaire.

    Je ne suis pas croyant mais je suis sûr qu’Ilian a accueilli mon petit Gabriel quand il est monté au ciel, et que tous les deux jouent ensemble dans un monde meilleur.

    Beaucoup beaucoup de courage à vous <3 <3

    1. Merci pour tes bons mots. La pensée de nos anges réunis m’attriste autant qu’elle m’aide à tenir. Je ne suis pas croyante non plus mais comme toi cela me soulage d’imaginer les choses ainsi. Douces pensées pour Gabriel <3

  4. Je suis sincèrement désolée que vous ayez traversé une telle épreuve.
    C’est très déstabilisant, pour l’entourage, il est très difficile parfois de ne pas être maladroit quand ce genre de drame arrive. Je ne sais pas si j’ai bien fait, mais quand ma belle-sœur et mon beau-frère ont perdu leur bébé à la naissance, je n’ai pas su dire autre chose que « on est là, on est avec vous », et jamais je n’ai fait comme si leur fils n’avait pas existé : non, au contraire, nous en avons parlé, j’ai regardé les photos, et en tant que marraine de ce petit ange, j’ai offert à ma belle-sœur une petite médaille au prénom de son fils pour lui dire qu’on le garderait toujours dans nos cœurs.
    Dans tous les cas, perdre un enfant, qu’il soit encore fœtus, qu’il vienne de naître ou qu’il soit plus grand, est à mon sens l’une des pires choses que peut vivre un parent.

    1. Merci pour ton message. C’est également à mon sens la pire douleur que l’on puisse ressentir. Tu as agi de la meilleure façon qui soit pour ton petit neveu et ta famille, ils doivent t’en être reconnaissants aujourd’hui. Une présence proposée, des signes forts que ce bébé vous manque à vous aussi et que vous l’aimez, vous avez fait ce qu’il fallait, bravo. Personne ne devrait avoir à vivre ces épreuves…

    1. Désolée de lire cela, de découvrir que tu as eu en face de toi des personnes touchées par ce drame. Ne t’en veux pas de n’avoir pas su quoi dire, c’est tellement difficile de trouver les mots, dans l’émotion et la douleur. Je t’embrasse

  5. Je suis extrement touchée par ce que tu as partagé… je te souhaite beaucoup de courage pour la suite et je suis vraiment désolée.. Je t’envoie mes meilleures pensées en tout cas

  6. Merci pour ce message… rien qu’avec la première phrase, j’ai su qu’on avait la même douleur… joli prénom pour un ange ! Nous c’est une petite Augustine, il y a presque 5 ans déjà…

    1. La même douleur oui, tant de parents la partage Je suis désolée pour votre petite Augustine, 5 ans c’est un cap, j’avais senti comme une différence avant/après. Toutes mes plus douces pensées pour vous

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